Discours

Lancement de la nouvelle Approche du Royaume-Uni en Afrique: allocution de Madame la Baronne Jenny Chapman

La Baronne Jenny Chapman a lancé la nouvelle Approche du Royaume-Uni en Afrique, en prononçant un discours à Londres à l’intention d’Ambassadeurs africains et de Hauts-Commissaires accrédités au Royaume-Uni, de Parlementaires du Royaume-Uni et de responsables de l’élaboration de politiques de la société civile et du secteur privé africains.

Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie vivement d’être parmi nous aujourd’hui.

C’est un grand plaisir que d’être parmi vous et de vous accueillir toutes et tous au FCDO. J’aperçois de nombreux nouveaux amis et des personnes dont j’ai hâte de faire la connaissance. Je sais que beaucoup d’entre vous sont de fréquents visiteurs dans ce bâtiment, et je vous encourage de vous y considérer comme chez vous.

Vos Excellences, en tant que nouvelle ministre du Développement et ministre pour l’Afrique, je me réjouis à la perspective de poursuivre la solide relation de dialogue et de confiance établie par Lord Collins, mon ami et prédécesseur dans le rôle de ministre pour l’Afrique. Je ferai tout mon possible pour rendre justice au travail qu’a dirigé Lord Collins.

Lorsque ce gouvernement a pris ses fonctions l’an dernier, nous savions bien qu’un nouveau type de relation avec les pays africains était nécessaire, et attendu depuis longtemps. Depuis longtemps, car ce dont nous avions hérité, c’était d’une démarche qui reproduisait le passé au lieu d’être adaptée à l’avenir.

Une approche qui reproduisait, selon nous, une ère de programmes d’aide. Mais pas suffisamment les débouchés manufacturiers, les chaînes d’approvisionnement mondiales, et la nécessité d’une croissance économique créatrice des emplois de qualité à grande échelle dont nous avons besoin.

Une ère de modèles dirigés par l’Ouest, mais pas celle de l’IA, des technologies des énergies renouvelables, de l’immigration clandestine et d’une forte concurrence pour le pouvoir. C’était une ère de prédominance du G7, mais pas une ère reflétant le G20 et les rééquilibrages mondiaux fondamentaux du pouvoir économique.

Et nous avons estimé aussi que pour redéfinir notre relation, nous ne devions pas concocter quelque chose à Londres puis faire comme si nous y avions travaillé ensemble. Mais qu’il nous fallait plutôt être réellement à l’écoute. C’était le premier travail. Poser des questions d’abord plutôt que dire. Et tirer un bilan de ce que l’on nous avait dit.

Car il est très facile de parler un langage de partenariat qui ne se traduit pas dans les faits. De prendre des mesures pour l’Afrique et non avec l’Afrique, ne pas lui faire des choses. Nous étions fermement convaincus que nous devions cesser d’appliquer la même démarche à tout le monde.

De minimiser la vaste diversité à travers le continent – parce que Kampala est très différente du Cap, Addis n’est pas Accra, et Nairobi n’est pas N’Djaména – sans parler de la diversité au sein des pays africains, tout comme ici en Angleterre où je vis, Darlington est très différente de Durham.

Nous savons par ailleurs que nous devons expliquer clairement et franchement nos propres intérêts et ce que nous attendons de nos relations.

C’est ainsi que Lord Collins a lancé un exercice d’écoute sur cinq mois et entendu les gouvernements, la société civile, les communautés des diasporas, les entreprises et les universités expliquer ce à quoi ils étaient attachés, ce qu’ils attendaient du Royaume-Uni. Nous avons recueilli des données auprès de plus de 600 organisations – des perspectives révélatrices et variées – émanant notamment de beaucoup d’entre vous ici présents aujourd’hui. Mais qui portent un message commun fort et clair : les nations africaines et leurs citoyens veulent des relations respectueuses, durables qui apportent de réels changements dans la vie de leurs peuples.

Je suis donc ravie de présenter aujourd’hui une approche modernisée, conçue pour marquer une nouvelle étape dans la relation du Royaume-Uni avec les pays africains. Conforme aux principes de notre conception modernisée du développement international, reconnaissant que nous ne sommes pas des bailleurs de fonds.

Nous sommes des partenaires, des investisseurs et, avant tout, des réformateurs. Une approche qui produit des résultats pour les citoyens britanniques comme pour les citoyens africains. Une approche conforme aux mesures que les nations africaines et nous-mêmes au Royaume-Uni prenons d’ores et déjà dans bien des cas.

Il s’agit de débloquer de nouvelles perspectives de croissance, de mener l’action envers le climat, d’encourager l’innovation et de préconiser une réforme du système international.

Il s’agit d’une approche façonnée par un leadership africain, des idées africaines et une énergie africaine. Réunissant le tout avec les forces britanniques pour faire progresser nos intérêts communs selon sept principes distincts :

Premièrement, nous passons du rôle de donateur à celui d’investisseur. Nous allons redoubler d’efforts pour débloquer l’investissement et les échanges commerciaux, aidant ainsi entreprises africaines et britanniques à créer des emplois de qualité, des débouchés économiques et de la prospérité.

De l’accord Royaume-Uni–Kenya, qui a pour objet de doubler les échanges dans les secteurs clés d’ici 2030 et qui a récemment franchi le seuil des 2 milliards de livres sterling, jusqu’au Partenariat de renforcement du commerce et de l’investissement avec le Nigeria, en passant par notre accord avec le Maroc pour soutenir ses infrastructures à l’horizon de la Coupe du Monde de 2030, et le partenariat pour une croissance approfondie noué avec l’Afrique du Sud que le Premier ministre britannique a réaffirmé à Johannesburg pas plus tard que le mois dernier, nous souhaitons que la croissance soit au cœur de notre partenariat avec vous.

Nous souhaitons défendre des échanges favorables à la croissance, soit en soutenant la zone de libre-échange continentale africaine soit en renforçant le commerce entre le Royaume-Uni et l’Afrique par le biais du Régime d’échanges pour les pays en développement et notre réseau d’accords de partenariats économiques.

Les véhicules de placement britanniques – du British International Investment aux FSD Africa Investments et UK Export Finance – continueront d’orienter ces priorités en matière d’innovation.

Accompagner les marchés financiers locaux, mobiliser les capitaux privés pour investir durablement, et agrandir les entreprises africaines prometteuses.

Et comme vous le savez, le Royaume-Uni est un partenaire de longue date de la Banque africaine de développement, première institution financière d’Afrique. Aujourd’hui, nous coorganisons avec le Ghana la 17e reconstitution du Fonds africain de développement, et avec la Banque africaine de développement, nous coanimerons mercredi une Journée de mobilisation des capitaux privés, usant de notre pouvoir mobilisateur pour rassembler institutions de financement du développement, organismes de crédit à l’exportation, gouvernements africains et investisseurs.

Le tout ayant pour objet d’augmenter considérablement les capitaux privés en faveur des priorités de développement de l’Afrique. Il s’agit d’accroitre la richesse, et pas la dépendance.

Deuxièmement, nous entendons œuvrer ensemble pour relever les défis de la migration. Les mouvements migratoires devraient être raisonnables, gérés, et ils doivent être maîtrisés.

Or, cela est fragilisé par une migration clandestine qui nuit tant au Royaume-Uni qu’aux partenaires africains, finance les groupes de criminalité organisée et met en danger de manière dévastatrice des vies humaines.

Nous travaillerons avec nos partenaires pour nous attaquer aux moteurs de la migration clandestine et renforcer la sécurité aux frontières. Nous fournirons un soutien humanitaire pour atténuer la souffrance, nous contribuerons à assurer la protection des populations déplacées dans leurs régions d’origine, et nous nous emploierons ensemble à perturber les réseaux de criminels et faciliter les retours.

Et nous revendiquerons sans hésitation des objectifs très ambitieux et de nets progrès par rapport à ces priorités.

Quant aux visas, nous savons – et c’est quelque chose que j’ai beaucoup entendu – qu’il peut parfois sembler difficile de s’y retrouver dans le système britannique des visas. C’est pourquoi nous avons l’intention de dialoguer avec les entreprises africaines pour améliorer l’entente, notamment le recours au Global Partner Programme, en nous efforçant de permettre aux entreprises de se déplacer pour nouer des liens et stimuler l’investissement. 

Troisièmement, nous entendons faire progresser nos intérêts communs sur le climat, la nature et les énergies propres. Malgré ses ressources naturelles abondantes, l’Afrique a le niveau le plus bas d’accès aux sources d’énergie modernes.

Et bien qu’elles contribuent le moins aux émissions mondiales, les nations africaines sont parmi celles qui sont exposées aux risques climatiques les plus grands. Ce n’est pas juste, et cela retarde à tous les égards la croissance, la sécurité et le développement.

Nous devons donc aller plus loin et investir dans les énergies renouvelables, protéger la biodiversité et défendre une agriculture et des systèmes agroalimentaires durables. Qui plus est, faire en sorte que le financement de l’action climatique parvienne à celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Soutenir des initiatives telles que Mission 300 qui vise à connecter 300 millions de personnes à un réseau électrique d’ici 2030. Offrir aux pays africains davantage de perspectives en augmentant l’échelle et la qualité des marchés de carbone.

Protéger le plus vaste puits de carbone forestier du monde, dans le Bassin du Congo, grâce à une collaboration entre des scientifiques britanniques et africains et mobiliser des crédits par le biais de l’Appel à action de Belém. Sans oublier, bien entendu, que nous nous réjouissons à l’idée d’apporter plus de soutien au leadership africain sur le climat lorsque l’Éthiopie accueillera la COP32 en 2027.

Quatrièmement, nous souhaitons collaborer pour la paix et de la sécurité. C’est à mon avis la chose la plus importante que nous puissions faire. Ce sont les fondations de la prospérité.
Nous poursuivrons donc notre collaboration avec l’Union africaine et nos autres partenaires pour accompagner les efforts africains pour « faire taire les armes » et promouvoir un relèvement dans l’après-conflit. Il s’agit notamment d’intervenir de toute urgence pour arrêter les horreurs de la guerre actuelle au Soudan, en collaboration avec les partenaires africains pour pousser les parties belligérantes vers un cessez-le-feu, de fournir l’aide humanitaire vitale là où elle est nécessaire.

Et de dénoncer, prévenir et éviter des atrocités telles que celles commises à El Fasher, où nous savons que l’on recourt au viol systématiquement comme arme de guerre.

Plus de 12 millions de femmes et de filles sont exposées à ce risque, dans ce que les chefs d’opérations humanitaires de l’ONU ont à juste titre nommé l’épicentre de la souffrance humaine. Nous sommes déterminés à soutenir le Soudan et à faire en sorte que le monde n’oublie pas ce conflit dévastateur.

Au-delà du Soudan, nous soutenons les efforts essentiels de consolidation de la paix dans la région des Grands Lacs et nous collaborons à une prévention des conflits gérée au plan local dans des pays comme le Nigeria, l’Éthiopie et la Somalie.

Cela s’inscrit dans un élan plus large pour lutter contre l’instabilité régionale et les menaces communes et pour défendre le respect du droit international humanitaire, prôner la liberté de religion et de croyance et aller beaucoup plus loin pour combattre les violences faites aux femmes et aux filles.

Cinquièmement, nous entendons renforcer les systèmes qui soutiennent les populations et la croissance. Il s’agit de valoriser le capital humain, moteur d’une croissance durable et inclusive. Non pas un financement sporadique de services individuels. Mais un effort pour améliorer dans leur ensemble les systèmes pour améliorer la santé et la nutrition, pour l’éducation et la protection sociale, en investissant en outre dans la fabrication de vaccins, la prévention de maladies, et la santé et les droits en matière de sexualité et de procréation.

En Afrique du Sud le mois dernier, le Royaume-Uni a annoncé notre promesse de verser 850 millions de livres au Fonds mondial. Cet engagement pourrait sauver plus d’un million de vies, prévenir 20 millions de cas de VIH/SIDA, de tuberculose et de paludisme, et produire plus de 10 milliards de livres de retombées économiques. Un investissement qui démontre l’attachement du Royaume-Uni à la santé mondiale, au multilatéralisme et aux partenariats de développement modernes.

Nous appliquons en outre les mêmes principes pour aider les pays africains à devenir financièrement autonomes, en exploitant l’expertise fiscale, financière et technologique britannique.

Enfin, l’année prochaine, le ministre des Affaires étrangères accueillera à Londres le Sommet sur les financements illicites, qui réunira une coalition diverse de gouvernements, organisations multilatérales, entreprises du secteur privé et autres acteurs clés pour lutter contre la richesse obtenue par le crime et la corruption.

Sixièmement, nous entendons défendre les voix africaines dans les prises de décision à l’échelle mondiale. Amplifier et accompagner ces voix africaines en faveur d’une représentation plus équitable au sein des forums internationaux est nécessaire, afin de définir les règles et les résultats qui importent pour répondre aux besoins et aux priorités de l’Afrique.

Actuellement, à cause de la pression de la dette, 800 millions d’Africains vivent dans des pays où la dépense publique consacrée au remboursement des intérêts de la dette dépasse les dépenses pour la santé. Il est clair que ce système mondial a besoin de réforme.

C’est pourquoi le Royaume-Uni a défendu avec ferveur l’établissement au sein du Conseil d’administration du FMI d’un troisième siège pour l’Afrique subsaharienne, pourquoi nous réclamons plus de pouvoir électoral pour les pays à revenus faibles à la Banque mondiale, et aussi pourquoi, après l’accord signé à la Conférence sur le financement du développement qui s’est tenue à Séville au début de l’année, nous avons salué la mise en place d’une Plateforme de l’emprunteur.

Alors que nous préparons notre présidence du G20 en 2027, nous attendrons avec intérêt d’autres réformes de l’architecture de la dette pour nous attaquer à ce fardeau insoutenable de la dette, pour que les pays africains soient davantage associés aux décisions qui les touchent.

Enfin, nous soutenons l’innovation et les partenariats culturels. De l’intelligence artificielle aux compétences numériques, en passant par la musique, les sports ou le design, les possibilités d’approfondir nos liens dans les secteurs scientifiques, technologiques et créatifs sont immenses.

Lors du Forum scientifique qui s’est tenu en Afrique du Sud en novembre, nous avons lancé notre premier programme Royaume-Uni–Afrique du Sud de formation à la politique en matière d’IA, mettant en place un groupe de diplomates des deux pays calés en intelligence artificielle et fondé sur l’expertise des meilleures universités britanniques et sud-africaines pour relever ensemble ces défis.

Notre prochaine collaboration Soft Power soutiendra les réseaux d’anciens élèves au Royaume-Uni et en Afrique. Nous maintiendrons les bourses d’études et renforcerons notre recherche pérenne et nos partenariats éducatifs, car vous nous avez dit que vous les appréciez et nous souhaitons aller plus loin.

Ces connexions ne sont pas seulement économiques : elles sont humaines, et elles sont puissantes.

L’ouverture du premier pôle africain d’Imperial College London au Ghana il y a un an en est un excellent exemple ; elle marque un grand pas en avant dans la collaboration scientifique entre le Royaume-Uni et l’Afrique. Ce nouveau centre soutiendra des postes de chercheurs en IA et sciences du climat, accélérant ainsi la recherche et l’innovation communes dans les diagnostics médicaux, la recherche sur les vaccins et les villes durables.

Tout cela dans l’ensemble produit ce qui me semble être un nouveau type de partenariat. Un partenariat qui accorde une place centrale au leadership africain. Un partenariat inclusif et respectueux et suffisamment solide pour surmonter les difficultés et les désaccords.

Les ministres britanniques s’emploieront, sur le Continent, à plaider en faveur de ces principes, et nos hauts-commissariats et nos ambassades seront en première ligne pour les ancrer – dans l’esprit et dans la pratique.

C’est aussi l’approche que nous continuerons de promouvoir à l’occasion de la présidence du Royaume-Uni du G20 en 2027.

J’ai donc attendu avec impatience ce lancement aujourd’hui. Mais c’est la partie facile. J’ai hâte de voir cette démarche porter ses fruits. Et de nous y employer ensemble pour nos intérêts communs et pour un avenir meilleur. Nous ne le faisons pas pour nous-mêmes, mais pour les citoyens de nos pays au Royaume-Uni et partout en Afrique.

Je vous remercie infiniment.

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Publié le 15 décembre 2025
Dernière mise à jour le 17 décembre 2025 show all updates
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