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Crimée : un référendum honteux

This was published under the 2010 to 2015 Conservative and Liberal Democrat coalition government

Tribune de Sir Peter Ricketts dans Le Monde du 15-16 mars 2014.

St. Michael’s Square Euromaidan reboot, Kiev - Credits: I. Bandura / Creative Commons License
St. Michael’s Square Euromaidan reboot, Kiev - Credits: I. Bandura / Creative Commons License

On ne peut faire un vrai choix avec un revolver sur la tempe.

Pourtant, ce dimanche 16 mars, on demandera aux habitants de la Crimée d’opérer un choix impossible : se prononcer pour l’assujettissement à la Russie, ou en faveur de l’indépendance – mais sans la moindre garantie que la Russie manifeste dans l’avenir un plus grand respect pour la souveraineté d’une Crimée indépendante qu’elle ne le fait aujourd’hui pour l’intégrité territoriale d’une Ukraine indépendante.

La Russie a manifestement veillé à mettre toutes les chances de son côté. C’est une sorte de pile ou face joué d’avance : face, c’est la Russie qui gagne ; pile, c’est la Crimée qui perd.

Il ne fait absolument aucun doute que cette consultation – quel que soit son résultat – est à la fois illégale et inconstitutionnelle. La constitution ukrainienne est en effet extrêmement claire : un tel scrutin ne peut être organisé qu’à la demande de trois millions de citoyens ; il doit se dérouler sur l’ensemble du territoire ukrainien ; enfin il ne peut être décidé que par le parlement ukrainien. Aucune de ces conditions n’est remplie.

Le résultat du vote sera illégitime. Comment pourrait-il en être autrement d’un scrutin organisé à l’ombre des troupes russes, dans une région sous occupation militaire ?

Ce genre de question devrait être réglé par des référendums libres, honnêtes et organisés selon la loi – comme ce sera le cas en Ecosse dans quelques mois. Or le référendum prévu en Crimée ce dimanche ne sera ni libre ni transparent.

Depuis une vingtaine d’années, nous nous sommes efforcés d’oublier la tension et la méfiance de la guerre froide, et de reconnaître l’importante et positive contribution que la Russie apporte à la communauté internationale – et à la prospérité de tous ses peuples.

Un ensemble d’institutions et d’accords internationaux a été mis en place tant pour éviter de reproduire les âpres confrontations du passé que pour résoudre pacifiquement les querelles. Des organisations telles que l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ou le Conseil de l’Europe, dont la Russie est membre à part entière, sont là pour aider les Etats à régler les questions d’autodétermination et à défendre les droits des minorités.

Pour sa part, l’OSCE – gardienne de l’intégrité des processus électoraux – a déclaré que le référendum est illégal et qu’elle n’enverrait pas d’observateurs sur place.

Il n’est cependant pas trop tard. La Russie peut encore utiliser ces institutions, s’engager sérieusement dans la voie diplomatique et trouver une solution pacifique.

Nous exhortons le président Poutine à utiliser son autorité pour le bien de la Crimée, de l’Ukraine, de l’Europe et de la Russie, et à mettre fin à cette crise.

Le premier pas essentiel que Moscou pourrait effectuer dans cette direction serait de s’abstenir de reconnaître le résultat de la farce référendaire de dimanche. Le vote n’aura, après tout, aucun effet juridique. Il n’aura aucune force morale. Et son résultat ne sera pas reconnu par la communauté internationale. Ce référendum ne devrait tout simplement pas avoir lieu.

Peter Ricketts

Published 17 mars 2014