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Les femmes et les pays en développement : subir ou diriger le changement ?

Compte-rendu de la table ronde à l'ambassade de Grande-Bretagne à Paris le 29 octobre dernier.

This was published under the 2010 to 2015 Conservative and Liberal Democrat coalition government

Girls at school in Pakistan - DFID campaign
Girls at school in Pakistan - DFID campaign

Dans le cadre de ses activités, l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris réunit des experts et des publics de divers horizons pour débattre des grandes questions d’actualité. Le 29 octobre dernier, l’ambassade a organisé une table ronde animée par Angela de Santiago, fondatrice du site Youphil, sur le rôle des femmes dans les pays en développement. Pour élaborer le panel, l’ambassade a fait appel aux experts suivants :

  • Nicole Ameline, Ancien Ministre, Députée du Calvados et Présidente du CEDAW, qui a parlé de la question des droits des femmes,
  • Muriel Gavila, Déléguée générale de l’AMREF en France, qui a parlé de la santé et les femmes,
  • Philippe Levêque, Directeur Général de CARE France, qui a parlé du rapport du CARE sur les femmes et la suite du printemps arabe.

Lors des discussions, l’importance de la place des femmes dans la société a émergé comme l’un des éléments-clefs de leur participation au développement de leur pays. Le panel a également souligné les régressions que subissent les femmes actuellement dans plusieurs pays, y compris en Europe.

Les points clefs soulevés par le panel

Nicole Ameline a ouvert la conférence en soulignant qu’en matière de droit des femmes, rien n’était définitivement acquis et qu’ils avaient régressé dans certains pays. Elle a ensuite rappelé que le développement ne peut pas se faire sans les femmes et surtout pas contre elles ; et que pour les femmes dans les conflits, la reconnaissance du statut de victime et l’accès à la justice sont primordiaux. Dans les discussions en cours sur la suite des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), les droits des femmes seront essentiels. Enfin, il est primordial que les hommes se sentent concernés par les droits des femmes.

Philippe Levêque a souligné le problème de transmission des biens économiques des femmes qui n’ont souvent pas de droit de léguer leurs propres biens. Il a également évoqué un certain clivage entre générations dans les pays du printemps arabe, dû en partie à la maitrise des outils numériques. Il est parfois important que les acteurs du développement contournent la question du genre et de l’égalité des sexes dans les sociétés conservatrices en travaillant sur la participation des femmes dans les prises de décisions ayant un fort impact sur l’éducation, la santé etc.

Extraits du rapport CARE :

Pour participer aux manifestations du vendredi matin, je devais chaque jeudi traverser la montagne à pied toute seule la nuit. Après ça, plus rien ne pouvait m’arrêter. (Témoignage d’une femme vivant dans un village isolé du gouvernorat d’Ibb, Yémen)

Ce que nous voulons, ce sont de véritables changements radicaux : un État de droit, un régime démocratique, une vraie Constitution populaire. Nous voulons de bons systèmes éducatif et judiciaire. Nous voulons la fin des arrestations politiques et une véritable égalité entre les sexes dans tous les domaines. (…) À chaque fois que je vois ma grand-mère, elle me dit : “Ne va pas manifester, tu vas aller en prison, ils vont te frapper ! Mais je n’ai pas peur. J’y crois vraiment. Si je ne le fais pas, personne ne le fera pour moi ! (Témoignage d’une militante du Mouvement du 20 février, Maroc)

Muriel Gavila a expliqué qu’améliorer l’accès des communautés à l’eau potable dans les pays africains notamment permet d’augmenter les chances pour les filles d’aller a l’école. Elle a également souligné l’importance d’encourager les communautés à s’approprier elles-mêmes les messages fondamentaux sur la santé féminine (notamment les risques liés aux grossesses précoces). Pour l’AMREF, la radio continue de jouer un rôle très important dans l’éducation aux droits à la santé pour les femmes.

En Afrique, les mères africaines sont le cœur des communautés. Elles sont pourvoyeuses de vie, d’eau, d’éducation, de revenu et de soins pour l’ensemble de leur famille. Alors, 162 000 femmes qui meurent chaque année pendant la grossesse et l’accouchement, faute de soins, sont un véritable drame pour les enfants et les familles bien sûr, un poids moral certain pour les dirigeants africains et pour la communauté internationale, mais aussi un frein direct au développement et à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement sur le continent africain.

Investir dans la santé des femmes, c’est investir dans la santé de la communauté entière. L’Afrique a besoin de mères en bonne santé et les mères en bonne santé ont besoin de sages-femmes. 1 sage-femme formée, c’est 500 mères aidées chaque année et des milliers de femmes éduquées à leurs droits et au planning familial (dont la contraception).

Angela de Santiago a rappelé que l’outil numérique peut aussi permettre de développer l’émancipation économique des femmes, par exemple au travers du paiement électronique sur téléphone portable. Après le printemps arabe, les nouveaux médias continueront à jouer un rôle important dans l’émancipation des femmes par l’accès à l’information et à la connaissance.

Published 31 octobre 2013